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La Maïeusthésie ou l’art d’être sensible à la naissance de Soi

C’est une approche de communication et de thérapie, fondé par Thierry Tournebise. Elle est le fruit de ses recherches, ses lectures et surtout de son expérience de plus de 40 ans de consultations et 30 ans de formations. En 2000, il souhaite la partager et veut lui trouver un nom qui ait du sens, qui évoque le cœur de celle-ci, il la baptise d’un joli néologisme, Maïeusthésie. Du grec Maïeutiké (l’art d’accoucher) et Aisthésis (sensibilité), ça nous donne littéralement « l’art d’être sensible à la naissance de Soi ». Dès lors, tout praticien de son approche veille à être sensible au fait qu’un individu est en gestation de lui-même, et qu’à travers ses symptômes, il est en train de venir au monde. En thérapie, un praticien vient accompagner des pertinences, des justesses à l’œuvre.

Avant d’expliquer concrètement, comment se déroule cet accompagnement, cet entretien maïeusthésique, quelques notions théoriques indispensables sur la psyché, sa structure et ses dynamiques. Au cœur de celle-ci, deux pulsions antagonistes mais complémentaires, agissent en symbiose pour le bien-être psychique d’un individu. c’est la pulsion de survie et la pulsion de vie.

Un individu est confronté à un évènement (parole, acte…) qui éveille en lui une charge émotionnelle importante (ce qui est ressenti est propre à chacun.e). Il arrive parfois que sa maturité psychique soit insuffisante et/ou qu’il n’y ait personne dans son entourage pour l’accueillir dans ce qu’il vit. À l’instant même, sa psyché s’auto-clive pour se protéger. Elle met de côté cet être-là avec son ressenti, au chaud dans la « nounou » de l’inconscient, permettant à l’être « présent » de continuer à vivre sans en éprouver la souffrance. Évidemment, apparaît simultanément un vide : un vide de l’être « clivé », un vide que l’individu compensera de plein de manières que nous connaissons bien : activisme, excès de travail, sexe, alcool, forte personnalité, boulimie…c’est cependant très énergivore. La pulsion de survie a ainsi deux rôles : protection et compensation.

La pulsion de vie elle, a trois rôles qui participent à notre intégrité, notre complétude. Dans un premier temps elle va prendre soin des êtres « clivés » (garderie). Elle tend aussi à rassembler les êtres entre eux (cohésion, attraction spontanée). Puis quand la psyché aura gagné en maturité, elle va générer des symptômes (interpellation). L’énergie venant à manquer, le vide qui était toujours présent jusque-là, compensé mais jamais comblé, est maintenant perçu. C’est l’opportunité d’une réhabilitation ou d’un déploiement.

Si on regarde de plus près le contenu de la psyché, Il y a bien-sûr l’être qu’on est aujourd’hui, mais aussi tous ceux qu’on a été depuis le début de notre existence (biographie), tous ceux dont on est issu depuis qu’ils existent (inter. et transgénérationnel). On peut aussi ajouter des êtres qui relèvent du transpersonnel, l’être que l’on a à devenir (futur). Et enfin le corps, considéré comme un être à part entière. D’autre part, même si les circonstances peuvent être présentes, passées ou futures, les êtres eux, sont éternellement présent avec leurs ressentis, c’est pourquoi on parle d’une structure uchrotopique. Avec certains, on est en paix, ils sont intégrés, tandis qu’avec d’autres, on est en rupture, ils nous interpellent fortement pour « venir au monde ». 

En séance, le praticien a donc toujours à l’esprit que le symptôme pour lequel un patient vient le consulter est là « spécialement pour » permettre cette réhabilitation. il se réjouit d’avance de la rencontre avec cet être « clivé », de sa naissance et de la complétude du Soi à venir. La mise en œuvre de la Maïeusthésie tient plus d’une posture faciliatrice que d’une technique. Une posture, un regard, une sensibilité ontique empreint d’ouverture, de réjouissance, d’émerveillement. Comme cela ne peut se décréter, sinon le praticien manquerait de congruence, il a à sa disposition quelques outils et connaissances pour y « être » et conduire l’entretien. 

Concernant son attention, il va la diriger en priorité sur les êtres, sur l’être « présent » mais aussi l’être « émergeant » avec qui il sera en connivence par avance. Ainsi, Il sera naturellement touché, (état communicant) plutôt qu’affecté si son attention portait sur les ressentis ou l’histoire (état relationnel).

D’une façon plus large, il a confiance que c’est une reconnexion avec la Vie à laquelle son patient est invité à travers ses symptômes. Pour autant, il n’a pas l’intention de l’aider, de le sauver et ou de l’amener quelque part (non-vouloir), ne met aucune énergie (non-pouvoir), ne sait pas ni quand ni comment cela va se produire, ni ce que ressent son patient (non-savoir). Il ne fait faire au patient ce qu’il fait déjà, aller vers lui-même, accomplir des connexions, rouvrir des contacts. Le praticien a donc pour projet d’accompagner des pertinences, un déploiement qui se cherche et qui attend de se manifester. Il va accompagner son patient à une rencontre avec l’être « émergeant »

Pour ce faire, le premier outil qu’il utilise est le guidage non-directif : ce sont des questions et reformulations qui vont porter sur ses ressentis, et qui vont permettre de préciser et de d’identifier l’être « clivé » qui appelle et qui n’était pas conscient pour le patient.

Il crée aussi ce qu’on appelle une métaposition : il rend distinct mais proche, celui qu’est son patient aujourd’hui de celui « à qui c’est arrivé », pour rendre la rencontre possible et fréquentable, et aussi pour lui éviter une reviviscence et recréer des blessures. Tout cela participe grandement à la délicatesse dont témoigne souvent les personnes accompagnées.

Le moment thérapeutique par excellence survient lorsque le praticien se sent touché par l’émergence de l’être « clivé ». Il invite son patient à s’adresser directement à lui pour le reconnaitre, et le valider avec sensibilité et délicatesse dans ce qu’il éprouve. Une fois cette reconnaissance faite, sans tentative d’apaisement, de correction ou d’élimination de quelque manière que ce soit, un soulagement apparait. Une ouverture s’est produite, le symptôme s’atténue ou disparaît. Et Il ne disparaît pas parce qu’il a été guéri mais bien parce qu’il cesse alors d’être nécessaire, ayant accompli ce pourquoi il était apparu.

Au cours de cet entretien thérapeutique, le praticien va d’abord prioriser les êtres à qui il va apporter reconnaissance et considération. Puis vient les ressentis qu’il va valider (nature et mesure). Enfin, il va, si nécessaire, estimer les faits évoqués. L’échange repose également sur 5 validations (réception, compréhension, accueil, gratitude, cohérence) exprimées en verbal et/ou en non-verbal, simultanément ou non, plus une, la validation existentielle. Cette dernière est la clé de voûte de tout l’accompagnement. Sans elle, celui-ci n’a pas la portée, la dimension, l’efficience thérapeutique attendues. Elle est essentiellement apporté au patient par la réjouissance du praticien.

Rien ne vaut l’expérience, fais-toi accompagner et retrouve ta joie de vivre 🙂